mercredi 17 février 2010

album : John Adams, Harmonielehre (1985)


John Adams, compositeur contemporain fort renommé, nous est présenté ici à travers un petit éventail de certaines de ses oeuvres les plus connues, interprétées tout récemment sous la direction de Simon Rattle . J'avertis avant tout que je suis un néophyte en musique contemporaine, cette chronique est donc à prendre pour ce qu'elle vaut.

Constitué essentiellement des trois mouvements de l'Harmonielehre (1985), de The Chairman Dances (1985 aussi), de Tromba Lontana (1986) et de Short rides in a fast machine (1986), ce disque est probablement une bonne introduction à la musique du compositeur. Attention, ici, point d'expérimentations à la limite de l'inaudible, point de plongées à pieds joints dans le dodécaphonisme non plus : ces oeuvres contemporaines restent tout à fait dans le domaine de l'accessible, avec cette touche de modernité qui n'est pas désagréable, qui vient s'ajouter à l'utilisation plutôt classique des instruments.

Pendant les 40 minutes que dure Harmonielehre, on va être transporté dans un monde teinté de stupeur, de désespoir parfois ; inspiré par un rêve qu'aurait fait Adams, l'oeuvre a ce petit quelque chose de fantastique (qui n'est pas sans rappeler Philip Glass avouons-le), un onirisme dont les multiples tendances oscillent entre le romantique, le dramatique et le futuriste. Par cette écoute, on va être amené à ressentir quelque chose que l'on semble connaître, une sorte de dramatisation dans la grandeur propre à ce que pourrait nous évoquer le 20ème siècle, celui qui fut le siècle de tous les extrêmes. Car, oui, cette musique est résolument inscrite dans son temps, mais sait à mon sens transcender des quelconques carcans qui la figeraient dans son époque pour s'imposer à nous comme une mise en mélodie tantôt pertinente, tantôt intemporelle de la folie dans la grandeur que fut le siècle passé.

Il y a quelque chose d'un peu pré- ou post- apocalyptique dans cette musique, un sentiment d'impuissance en réaction à un monde qui aurait perdu les pédales, et une folie dont personne et tout le monde à la fois pourrait se dire responsable. Le premier mouvement commence en grande pompe, tel un avertissement en vue de l'univers mi-horrifique, mi-poétique dans lequel on va rapidement pénétrer.

Les mélodies flottent parfois lourdement, ne savent pas toujours ou aller ; ceci n'est pas à voir de façon péjorative. En effet, Adams fait ici du contemporain presque "contre-temporain", une musique qui s'assume dans sa perte de repères, qui ne pense pas s'imposer à tout prix, mais qui cherche une issue, une résolution.

L'apogée de l'Harmonielehre trouve sa place dans le troisième mouvement, où l'on est tiraillé par des jeux de soulagements-resserrements de tension ; mais attention, cette musique n'ose pas souvent être pompeuse, et c'est en ce sens qu'elle cultive plutôt un romantisme désabusé. Le mouvement clôt ainsi l'oeuvre presque sur une note joyeuse, tout du moins majeure.


Le reste du disque est probablement plus léger : The Chairman Dances, inspiré d'une visite de Nixon au pays de Mao, est, comme son nom l'indique, plutôt dansant, moins solennel que ne pouvait se le permettre Harmonielehre.

Les "petits" derniers (du fait de leur courte durée comparés au reste du disque - 4 minutes et des poussières) sont peut-être plus linéaires : Tromba Lontana est une pièce plutôt douce, alors que Short rides in a fast machine fait dans l'éxubérant, soutenu par un rythme rapide.

En conclusion, ce disque pourra sans doute plaire à ceux qui recherchent du "classique" contemporain relativement accessible, sans devoir retomber sur les éternels Hans Zimmer, entre autres.

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