mercredi 17 février 2010

album : Ulver, Shadows of The Sun (2007)

Ulver : Shadows of the Sun (2007)




Tracklist

1. Eos
2. All the Love
3. Like Music
4. Vigil
5. Shadows of the Sun
6. Let the Children Go
7. Solitude (Black Sabbath cover)
8. Funebre
9. What Happened?


Ulver est probablement le groupe qui fit l’un des plus gros virages stylistiques : en partant du true black métal il y a 15 ans, ils se mirent soudainement à faire de l’électro à tendance ambiante et sombre (le grandiose Perdition City, 2000), parfois totalement dénuée du moindre élément rock et touchant çà et là au jazz et au classique (Svidd Neger, 2003). La démarche était périlleuse, mais tout à fait justifiée vu leur talent dans ce nouvel univers. Ce que je préfère peut-être le plus, à côté de leur musique, c’est qu’ils se fichent éperduement de ce qu’on peut penser d’eux – et c’est sûrement cela qui leur a permis de s’aventurer en d’étranges territoires artistiques, sans jamais faire de faux-pas, ou presque.

Précédé par Blood Inside (2005), dont les sonorités denses et grandiloquentes n’étaient pas du goût de tout le monde, cet album se place presque en tant qu’antagoniste du précédent opus : Shadows of the Sun est sobre, timide et intîmiste, mais il n’est ni froid ni vide.

Cet album est à mon sens leur oeuvre la plus humaine, celle à travers de laquelle on distingue le mieux une musique positive et apaisante derrière des chansons relativement dépouillées au niveau de l’instrumentation. Le son est très organique, il n’est pratiquement plus question ici des sonorités électro compressées auxquelles le groupe nous a habitués depuis bientôt 10 ans ; au contraire, les cordes et le piano posent de touchantes nappes sur lesquelles la voix suave du très polyvalent Garm, le Mike Patton norvégien, vient se placer. On y sentirait presque du Sigur Ros par moments – mais je tiens à vous rassurer, Ulver restent eux-mêmes, et c’est peut-être l’album dans lequel ils se mettent le plus à nu.

On pourrait qualifier ce disque de minimaliste, mais cela serait trahir la puissance émotionnelle se cachant derrière chaque note, chaque mélodie qui s’impose à nous comme un poème musical.
L’allure de cette musique est presque intemporelle, car à travers une apparence simple et sans caprices, elle peut évoquer en nous des choses profondes et inespérées ; ces ambiances difficilement communiquables en mots qui font que c’est une musique que je qualifierais de personnelle – on se plonge dans son écoute, on la laisse nous envahir comme on se plongerait dans un texte de Baudelaire.

Aucun album d’Ulver n’est aisément accessible, qu’il provienne de leur période black métal ou dark-électro, mais je pourrais dire que « Shadows » est celui dans lequel il est le moins difficile d’entrer, vu la sincérité, l’élégance et l’apparente simplicité de la musique.
Encore une fois, les structures sont singulières, l’instrumentation est très souvent inattendue mais jamais désagréable ou mal pensée.

Je trouve par ailleurs admirable un groupe qui ose un tel album, avec une recherche artistique certaine. C’est un disque qui soit ne vous parlera absolument pas, soit qui vous emportera sur des terres vastes et mélancoliques – à vous de voir.


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